Le travail d’aujourd’hui : regard d’un avocat de demain

Spécialisée en droit du travail au sein du cabinet August et Debouzy, Emmanuelle Barbara refuse les prédictions apocalyptiques. Non, le CDI n’est pas fini, le salariat ne se meurt pas, mais certaines tendances sont perceptibles. A voir, sa récente présentation pour l’USI – Unexpected Sources of Inspiration

Le CDI : une norme inconsciente

La notion même de travail reste aujourd’hui étroitement liée à celle de salarié détenteur d’un CDI. Notre éducation ainsi que notre dispositif de protection sociale reposent largement sur cette promesse éternelle.

Au-delà des chiffres

Les statistiques sont éloquentes. 82% des actifs sont en CDI. Seulement voilà, une population de slashers émergent. Ces derniers multiplient les statuts, les activités indépendantes ou les cumuls de de CDD.

Une frontière du travail plus complexe

Il est dommage que les indépendants revêtent le qualificatif excluant de travailleur “non-salarié”. Alors même que leur nombre croît avec le phénomène de plateformatisation. Ces statuts encore récents brouillent les frontières du travail, lequel se diffuse partout.

La techno et la formation comme moteurs

Bien sûr, l’IA pourrait venir concurrencer médecins, juristes et financier. Mais notre enjeu consiste à se l’approprier pour avancer plus vite, plutôt qu’à s’en méfier. Il faut utiliser le numérique comme un facteur de mouvement et non d’immobilisme. Dans Tomorrow’s Lawyers, Richard Susskind s’adresse aux jeunes juristes en contemplant le verre à moitié plein :

I Urge young lawyers not to be demotivated or downhearted, because there will be, I believe, a promising range of opportunities and new careers for people trained in the law.

De ce point de vue, la formation est vitale. C’est grâce à elle que l’on évitera une distorsion flagrante et préjudiciable des compétences.  

Un modèle en perdition

La sphère du salariat pâtit encore d’une image péjorative. En témoignent certains films qui abordent régulièrement le milieu professionnel sous l’angle de l’atteinte à la santé mentale. Regardez par exemple le trailer de Corporate, film français sorti cette année :

Ce manque d’enthousiasme pour le travail se heurte inexorablement à une autre tendance de fond : l’obéissance sur laquelle repose le lien de subordination entre employeur et employé est bien plus fragile qu’auparavant.

Et les startups dans tout ça ?

“Les auto-entrepreneurs n’ont pas de vrais jobs”, du moins c’est une idée communément répandue. Emmanuelle Barbara ne se leurre pas en estimant que la revalorisation sociale de ceux qui tentent l’aventure startup est salutaire.

A cet égard, nous avons de bonnes nouvelles : des initiatives réjouissantes voient le jour en ce moment. The Family forme les entrepreneurs et éduquent leurs premiers employés, Comet connecte les entreprises avec les meilleurs freelances du marché, We Mind offre justement à ces derniers l’accès à un comité d’entreprise tandis que Side sécurise les jobs des étudiants. Aller, sourions un peu :).