Un constat s’impose: l’écosystème de notre monde juridique est en plein bouleversement. Et il est devenu crucial d’appréhender les dimensions de ce changement avec discernement et sérénité.

1. Mesurer le More with Less Challenge

Depuis la crise financière de 2008, les praticiens du droit sont plonglés dans une zone inconfortable. Face à une exigence accrue, et devant composer avec des moyens réduits, ils se sont attelés à résoudre une équation délicate : comment faire plus avec moins ?

More. L’explosion normative est un fait qui se chiffre. Depuis 2012, près de 350 projets de lois, 1500 propositions de lois et 100.000 amendements on été déposés; pour finalement porter à 317 le nombre de lois adoptées au cours de la 14ème législature.

Au niveau européen, et dans un contexte de globalisation, déjà 85 directives / décisions / règlements européens ont été adoptés depuis le début de l’année. Doivent s’y ajouter toutes les réglementations extra-territoriales, telles que le FCPA ou le UK Bribery Act.

De surcroît, il ne suffit plus de suivre l’évolution des règles normatives. Il est aussi crucial de s’approprier une soft law émanant d’autorités de contrôles et d’associations professionnelles puissantes.

With Less. Encore aujourd’hui, la compression des directions juridiques est loin de s’être inversée. Conserver un budget constant est devenu un objectif qui s’accomode mal de la prolifération textuelle à laquelle les juristes sont confrontés.

Alors que les directeurs se portent vers une internalisation plus poussée du droit, la taille de leurs effectifs demeure paradoxalement presque inchangée. On comprend mieux pourquoi les chasseurs de têtes s’intéressent aux compétences multiples.

Et puis le temps continue de manquer cruellement aux juristes dont les ressources matérielles ont fondu. Surtout en l’absence de GED utilisée à bon escient, de knowledge management pertinent ou d’outil d’aide à la décision efficace. La flexibilité a des limites que le droit ne connaît pas.

Challenge. Dans ce contexte difficile, le défi se résume simplement : rester / devenir ce business partner si recherché, garder une réactivté suffisante, assurer l’éducation permanente de ses clients internes, promouvoir son action dans l’entreprise, sécuriser de nouveaux domaines d’activité, garder ou améliorer son bien être au travail et celui de son équipe.

2. Accepter la commoditisation de son savoir

Il est toujours délicat pour un sachant d’appréhender la dévalorisation de ses connaissances. L’idée est contre-intuitive et heurte naturellement de nombreux juristes. Qu’on se le dise, le savoir si chèrement acquis au cours de nos études se trouve aujourd’hui en grande partie dématérialisé.

Car même si l’open legal data n’en est qu’à ses débuts, la ressource juridique est bien là, à portée de tous. Le monopole que les praticiens du droit exercent sur le matériau juridique a pris fin. Servi par un moteur de recherche affiné et des bases de données enrichies, un internaute en 2016 a instantanémenent accès à plus de ressources juridiques qu’un étudiant en droit dix ans auparavant.

Il est vrai que la doctrine d’éminents professeurs n’est pas encore une donnée libre. Mais il n’en reste pas moins que la réflexion juridique se diffuse de plus en plus largement et gratuitement. Lorsqu’une autorité de contrôle transmet ses recommandations et que les cabinets d’avocats markettent leurs expertises via leurs newsletters, ce n’est rien d’autre que du savoir juridique en ligne accessible à tous.

La connaissance juridique est une commodité. Et par définition, elle a perdu de sa valeur. Acceptons-le.

3. Se repositionner sur le marché du droit

Si confiants dans leurs expertises, les professionnels du droit se sont longtemps crus à l’abris des barbares. Le domaine juridique serait-il le seul à résister éternellement à l’invasion du numérique ? Non.

Bien au contraire, il convient de ramener le droit à ce qu’il est devenu, à savoir un marché comme un autre :  rien de plus qu’un écosystème où la décision de produire une prestation de service intellectuel est fonction de l’offre et de la  demande.

Bousculé par de nouveaux entrants, ce marché entame sa révolution, principalement menée par des Legal Tech dynamiques. On les dit innovantes, mais elles se sont contentées de combler des besoins jusqu’ici délaissés par des acteurs historiques. Ce phénomène a déjà conduit à un changement de paradigme dans de nombreux secteurs. Ainsi, l’un des plus importants services de transport ne possède aucune flotte automobile, le premier média online ne produit aucun contenu et le plus grand hébergeur touristique ne détient aucun actif hôtelier. Dans un avenir proche, une plateforme de conseil juridique en situation de monopole pourrait ne comprendre aucun avocat.

En attendant, admettons que notre environnement ait été bousculé. L’interface avec le client final est déjà un champ de bataille quotidien pour les avocats. Il serait présomptueux de croire que les juristes d’entreprise soient protégés par une demande inchangée en interne. Le déplacement significatif de la chaîne de valeur nous a aussi touchés. Alors faisons preuve de talent et soyons acteur de cette révolution. Il est grand temps de re-positionner le juriste comme acteur social, créatif, rapide, bon communicant et … innovant !